TOP GUN

Top Gun. Deux vocables qui sont rentrés dans l'histoire. A sa sortie, le film fut assassiné par la critique. Cela ne l'empêcha pas d'être le "big hit" de 1986. Rares sont les films qui provoquèrent un tel phénomène de mode. Avoir le blouson couvert de badges façon Top Gun, porter les lunettes de soleil façon Top Gun, bref avoir le look Top Gun, c'était vraiment ce qui pouvait se faire de mieux en matière de frime.

Ce film, c'était le soleil californien, les filles, les sensations fortes et surtout, surtout, les gentils yankees qui bottait le cul des méchants communistes. Top Gun est comme la majeure partie des films hollywoodiens des années 80 empreint du triomphalisme reaganien dans toute sa splendeur. Maverick incarne à merveille l'all american boy déterminé, le bon gars qui se bat fièrement pour son pays, convaincu de sa supériorité naturelle.

Ces teintes de nationalisme étaient plus dues au contexte de l'époque (voir la trilogie des Rambo), qu'au couple Bruckheimer/Simpson, et ce même si ces derniers ont toujours su jouer sur la fibre patriotique U.S dans leurs productions (voir Armaggedon...). Lorsqu'il fut contacté pour le rôle, Tom Cruise sortait d'un bide (qui soit dit en passant n'était pas vraiment mérité), à savoir Legend, réalisé (tiens, tiens) par le grand frère de Tony Scott : Ridley. On peut dire aujourd'hui que c'est véritablement Top Gun qui propulsa Cruise au rang de star planétaire. Encore aujourd'hui, dès qu'un reportage T.V s'y prête, on a droit à un morceau de la bande originale ou au fameux sigle de l'affiche. Dans tous les cas, ce film ne laisse personne indifférent.

D'un point de vue plus technique, Top Gun représente le type même de films de divertissement "coup de poing". C'est précisément ce qui lui vaut toujours le dédain des critiques, qui le considèrent au mieux comme un concentré de patriotisme pur jus, et au pire comme un véritable navet. Top Gun est très nettement marqué du sceau de Tony Scott. Ce dernier a comme son frère Ridley (Alien) ou Michael Bay (Bad Boys) commencé sa carrière en mettant en scène des films publicitaires .La très courte durée de ce type de métrage (quelques secondes) impose aux réalisateurs de faire passer un maximum de messages en un minimum de temps. L'astuce consiste donc à exagérer les couleurs, à accélérer le rythme déjà soutenu par une musique tonitruante, à caricaturer les  personnages et, enfin, à dramatiser le tout. Tous ces éléments se retrouvent dans le film.

La photographie tout d'abord. Cela commence avec les célèbres prises de vue rose-orangées sur l'USS Enterprise. Suivent ensuite l'agitation au petit matin sur le tarmac de Miramar, la scène d'amour bleue-nuit etc... Chaque plan bénéficie d'un soin esthétique très caractéristique des oeuvres de "fils de pub", comme un magazine qualifie les cinéastes du genre de Tony Scott. Le rythme est lui aussi omniprésent. Bien entendu, on en n'est pas au niveau des films de Michael Bay et de leur montage frénétique, mais le moins que l'on puisse dire, c'est que ça pulse. Et cela pas uniquement lors des magistrales scènes de combat aérien, mais également au travers de raccords particulièrement judicieux. Le tout est superbement soutenu par une bande musicale qui fut un véritable carton. Mais là, on touche un point crucial. La différence fondamentale entre clip et long-métrage, c'est que pour le premier nommé, l'image sert la musique, alors que pour le second c'est l'inverse. Dans Top Gun, cette règle n'est pas respectée. La partie de volley, par exemple, qu'apporte-t-elle à l'histoire ? Rien. C'est ce genre de chose qui a pu jeter le discrédit sur le film. Avec Scott, la forme prend souvent le pas sur le fond.

En ce qui concerne la caricature des personnages, là encore, le test est positif. Les gars de la Navy tels qu'ils nous sont présentés sont les archétypes des mâles bodybuildés (heu...désolé Goose), qui transpirent machisme et testostérone par litres. Il y a le gentil Goose (oie mais aussi nigaud en anglais), la tête brûlée Maverick (franc-tireur, non-conformiste, en anglais toujours), le méchant Iceman (l'homme de glace) etc... Alors bien sûr , on peut regretter cette exagération des traits de caractère, mais bon, c'est du cinéma. La dramatisation est présente a plusieurs niveaux. Un, le côté compétition de durs à Top Gun. Deux, le jeune pilote fougueux qui veut faire ses preuves. Trois, l'histoire d'amour avec Charlotte "Madame la professeur" Blackwood. Et quatre, bien entendu, la mort de Goose qui fait chier tout le monde, parce-que-avec-sa-tête-d'ahurie-il-était-vachement-attachant-le-bougre.

Tout cela pour dire que, selon les points de vue (critique/publique), le film peut-être apprécié de différentes manières, et les faits l'ont démontré.